dimanche 11 février 2007

l' "Architecture"










Je suis figé d’effroi.

Comment, au sein
de cet univers
si contrôlé
si formaté
si perfectionné
si réfléchi

une telle abomination
a pu se produire

une telle catastrophe atteindre

jusqu’à la folie
des sens

un être pur et
innocent ?

Je scrute dans
les autres bocaux
les autres “Moi” mais,
en tout cas pour ceux
accessibles à
mon regard,
que j’essaie dénué
de toute curiosité,

je ne remarque aucune
espèce de questionnement
d’étonnement.

A moins qu’ils trichent

comme moi

et dissimulent
quelque sentiment confus
derrière un regard huîtreux,

je me rassure
en pensant que tous
sont bien stérilisés
comme il faut

qu’ils ne sont atteints
d’aucune souillure morale

et que, bien encamisolés
dans l’abandon inconditionnel

au Grand Tout

ils ne cherchent, eux,

les bien protégés

les réussis

les parfaits

les sainement isolés

les bocalisés sans défaut

les décuriosifiés

les vrais innocents,

ils ne cherchent, eux,

ni à sentir le monde
ni à le comprendre
ni à le juger

ni même à le voir

tant ils sont recentrés
sur leur seule mission
notre seule mission
notre unique raison d’être :

- secréter et offrir
de l’énergie pure
dans le douillet
et protecteur isolement
de son bocal
pour alimenter gras et
chaud les rouages
du Céleste Engrenage.

Je semble le seul, donc,
à portée de ma vue
à connaître
la malédiction
qui frappe ma voisine.



















Si,

comme moi j’essaie
de faire taire mes pensées,

elle pouvait dissimuler
un peu
ces excroissances iconoclastes
les ternir
les opacifier
les maquiller
couleur de paraffine,

elle pourrait cacher
son malheur

jusqu’à ce qu’il disparaisse
de lui-même
au cours d’une de ces
violentes tempêtes quantiques
qui nettoient
parfois jusqu’à l’os
le cours désormais balisé et
planifié
de la vie.

Il faudrait,

mais on ne peut prévoir,

que notre étagère
ne soit pas visitée
tout de suite
par les Maîtres des Lumières,

il faudrait,

peut-on l’espérer,

qu’à la prochaine visite

qu’à la prochaine cueillette
des énergies,

elle ait perdu ses ailes
impardonnables,

que se soient taries en moi
ces sources pernicieuses et
douloureuses
des pensées,

que ces accidents
de stérilisation

que ces subites fièvres

que ces mijotations malsaines et
incontrôlées

se soient éteints
d’eux- mêmes

comme ces épidémies
aux temps barbares du monde
qui s’essoufflaient
en quelques heures après avoir
décimé les peuples
et laissé à la glaise
gourmande
des monceaux
de cadavres.

Oui

oh oui !

Quand ils viendront,

puisqu’on est là
pour ça

puisqu’ils sont là
pour ça,

quand ils viendront
recueillir doctement
notre offrande de
pure énergie,

qu’ils trouvent

pour les servir

des êtres irréprochables

débarrassés de toute souillure
de tout avatar de
proliférations sournoises,

des sujets absolument
non identifiables
que par le numéro
sur l’étiquette

sans aucune particularité
ni indice quelconque
de différenciation,
dans la grande paix
des bocaux car,

oui, qu’on se le dise !

pour la première fois
depuis les balbutiements
de la grande touillure
chimique
de la vie,

oui !

la Paix règne
dans la rectitude et
l’insondable silence
des alignements géométriques
et imperturbables
des étagères

et l’on sent bien

à l’abri douillet et
protecteur
de notre bocal

que cet admirable et
parfait agencement
de notre civilisation

dans sa phase ultime

ressemble à s’y méprendre
au plan
enfin abouti et réalisé

de Dieu lui-même et
en personne et
de toute éternité :

- la Jérusalem Céleste

où chacun

fondu

perdu dans l’innombrable
théorie des êtres purifiés

n’aura pour seule volonté et
pour seul but

que de participer
uniquement et
intégralement
à l’infini et aveuglant
rayonnement
divin.
















Embrasement
très prochain,

c’est palpable,

mais qui ne saurait
« Big- Banguer »
dans la boue, hélas
encore présente
des singularités
des particularités et
des accidents de
pasteurisation.

A l’instant même où
l’on n’aura plus à
précipiter à la
goinfrerie des rats
aucun bocal purulent
souillé ne serait-ce
que d’un rêve incontrôlé
échappé au bouillonnement
anarchique
d’une cellule viciée,

quand les rongeurs

affamés et privés de
toute nourriture
pour cause de

perfection de
la race humaine

se seront entre-dévorés
jusqu’au dernier et
que la charogne de celui-ci
se sera sublimée
aux rayons purificateurs des
machines ionisantes des
Maîtres des Lumières

alors

le triomphe du
Grand Architecte
explosera

jusqu’au-delà
des frontières
du monde

il n’y aura plus
d’avant

il n’y aura plus
d’après

rien n’aura jamais
existé

que

Lui.





« Comme un goût de cendre au réveil » épisode 7. Texte déposé à SACD/SCALA





av 7 suit








3 commentaires:

Kaïkan a dit…

Et pourtant, elles frémissent ces ailes ... Les taire ou les cacher, mais tu rêves, hombre ... Les dévoiler, oui, à incendier les parois, la pièce entière et au-delà , en singularité assumée ...

hombre a dit…

Kaïkan, ne t'a t-on jamais dit:- "tais-toi, ça sert à rien, tu vas t'attirer la foudre et c'est toi qui y perdra le plus..." ?
Quand on a peur, quand on sent que le pire peut te fondre dessus comme un rapace, tu essaies de te faire tout petit, de te faire invisible. C'est ce qui arrive à cet instant à mon pauvre petit bonhomme, impuissant dans son bocal. Mais comme tu liras un peu plus loin, il finira par dépasser sa trouille.
Celui qui n'a jamais eu peur de rien ne se dépassera jamais...
Merci d'être passée les encourager dans leur solitude.

Odelia a dit…

Good for people to know.