lundi 15 janvier 2007

derrière la buée (2)

 






Sommes-nous tous passés
au stérilisateur thermique
à l’ébouillantement généralisé et
impitoyable,
aux rayons purificateurs et
castrateurs
de quelque lampe de la
rédemptitude
universelle ?

Un frisson
un soupçon
une angoisse
un cri muet :
-Y a t-il encore
quelque chose de
vivant
en moi ?
Un gêne
un germe
un rien
une vieille larme
oubliée au cœur
d’une glande
sèche ?

Sûrement,
sûrement
puisque j’y pense
puisque j’ai eu peur.

Peut-être
y a t-il eu erreur
dans la manœuvre ?
Pas assez cuit
pas assez longtemps
pas assez irradié
pas assez violemment.

Et les autres
à côté
qui ont l’air figé
aux yeux vides
perdus ?
Cuits et ratacuits,
ionisés jusqu’au cœur ?
Suis-je une exception
un rescapé
un accident de cuisson ?

Mais alors
ceux-là
en bas
sur le tas grouillant de
rats
des ratés, aussi,
de la manipulation,
des pas bien saisis
des pas bien castrés
des porteurs de germes
comme
moi ?
Vais-je les rejoindre
serai-je précipité
aussi
et quand
dans le gouffre irrémédiable,
jeté aux appétits
éradicateurs
des hordes affamées des
poubelles à pattes ?

Démocratique
on vous dit.
Chacun a droit
à un destin !
Ceux
stagnant encore
encore un peu
là-haut
sur les étagères
et les autres
les ratés
les mal cuits
les pathogènes
les viciés
les vicieux
en bas
avec les
rats.

Même les rats
ont droit à un
destin !

















Secoue-toi, mec,
secoue-toi !

T’es encore là
sur l’étagère,
dans un bocal pisseux
opaque
glauque, certes,
mais en haut
sur l’étagère,
pas en bas
pas encore
avec les racleurs d’os.

Et vivant
t’es,
enfin,
viable,
enfin faut croire
puisque t’as peur
puisque ton cœur cogne
comme un malade
et que ça résonne
blang blang blang !
à tes oreilles pas mortes
elles non plus.

Dé mo cra tique
on vous dit
puisque malgré tout
je suis là
avec mon cœur qui bat
et qu’ils auraient pu
le faire taire
mon cœur,
trouillifié
accablé mais
vivant
chamadeux mais
vivant
à l’envers mais
vivant.

Et puisque t’as de la chance
t’es encore là
dans ta buée
tes cauchemars
tes visions d’apocalypse
mais t’es là
encore
avec ta pétoche
tes boyasses crispées
tes diarrhées de trouillard
mais t’es là

t’as la chance,

si c’en est une,
d’être encore là.
La chance,
c’est ça aussi,
la Dé mo cra tie !



C’est marrant
c’est bizarre
que ce mot
me résonne
m’envahisse
dans ma bulle intimée
alors que rien
dans ce que voient mes yeux
ne peut donner corps
à ce fantôme ;
d’où suinte t-il
d’ailleurs
cet ectoplasme,
qu’a t-il à rôder
omniprésent
dans mon cerveau de
bougie fondue,
qu’a t-il à me tarauder
dans mes songes de troglodyte,
ce mot
qui n’a pas de sens
dans la suintance
et l’opacité
et la rétention
qui m’obligent à n’être
qu’un cœur sourd
qui s’affole
qui me déchire la poitrine
le ventre
l’âme et
tout le reste
c’est à dire pas grand-chose
mais encore trop
peut-être ?

















Comme je ne saurais
décrire de mémoire
toutes les gouttes d’air
que j’ai respirées
dans ma vie,
alors qu’elles durent être
de toutes sortes,
des fraîches
des lourdes
des parfumées
des délétères
des soporifiques
des enrageantes
en tout cas
vivifiantes
puisque j’ai survécu, accroché
à leur chaîne,
en tout cas assassines
puisque alimentant
les feux
qui me rongent,
il ne me vient à l’esprit
aucune image sublime
aucune vive lumière
aucun souvenir
d’un quelconque feu d’artifices
jeté avec ostentation
à la face du monde
de la fulgurance
active
de ce mot
de ce concept
dont j’ai comme en écho
l’impression
douloureuse
qu’il me fut rabâché
remâché
martelé
confisqué
grimé.

Dé mo cra tie

Dé mo cra tie !

Le voilà,
échappé,
à l’instant,
de la ranimation
d’une bougie molle et mourante
dans le froid
d’un bocal
semblablement contraint
à cent millions de bocaux
contraints
à longueurs infinies d’étagères
qui sont l’ossature du monde
et le mot muet
que je n’ai pas même
murmuré
se déchaîne
en échos sourds
rebondissant aux parois lisses
de ma cloche de verre
me traversant les chairs,
les os,
les osselets, surtout,
qui s’entrechoquent
comme mille grelots,
comme un essaim de mouches
prises au piège
d’un pot de fer.




« Comme un goût de cendre au réveil » extrait 2 Texte déposé à SACD/SCALA




av 2 suit














4 commentaires:

camille a dit…

La démocratie c'est d'avoir tous droit à un bocal sur l'étagère. Y a pas d'engagement sur la taille, la couleur, la forme, la localisation, l'absence ou pas de couvercle. La démocratie c'est comme d'avoir tous un cerveau, mais le degré de cuisson n'est pas garanti! et d'avoir tous le droit à la peur. Même si la peur a pour objet tout ce qui est possible et imaginable, on y a tous droit. La peur est très démocratique, chacun sa part. C'est vrai. C'est comme la mort aussi. La peur de la mort aussi. On y a tous droit. Et on n'aime pas ça.
Les rats ont tous droit au destin et à un festin aussi, un jour ou l'autre, ici ou là-bas...

camille a dit…

j'oubliais de dire que je préfèrerais voir ton visage ailleurs que dans ce bocal :-(
dans un champ de bleuets par exemple ;-)

hombre a dit…

Justement, Camille, dans le monde des "bocaux", on a réussi à supprimer la peur... Normalement...A suivre!

Merci de m'imaginer dans un champs de bleuets. Au printemps, peut-être, si printemps il y a...
Bisous

camille a dit…

ah... alors ce monde n'est pas le nôtre... j'attends d'en voir d'avantage