vendredi 2 février 2007

faire comme si not to be !

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Attention, attention !
Décidément
on a raté ma
stérilisation,
mon bocal devait être dans un coin
mal chauffé
mal irradié ;

comment se fait-il que
tous ces mots éclatent
dans ma tête comme
champignons
après la pluie
alors que les seules sensations permises
possibles
et heureusement
sont le repos
quand il fait sombre
le plaisir du
don de son énergie
à l’heure des lumières
et le contentement d’être soi
à chaque instant ?

Devrai-je
m’en ouvrir
aux Lumières des Lumières
lorsqu’elles passeront ?

Comprendraient-elles ?

Est-ce un défaut ?

Certainement.

Est-ce réparable ?

Suis-je condamné
me montrant imparfait
à la chute au fond du précipice
et à nourrir les rats ?

Ne plus penser

voilà

se forcer
se surveiller

attention de tous les instants

surtout surtout
ne pas penser
ne pas penser
ne pas…























Oui mais
rien que cela
c’est déjà une pensée !
Quelle gageure
c’est impossible
je ne pourrai jamais.

Chut !
Tais-toi
cerveau malade
cœur pourri
je ne veux plus t’entendre
respire

respire et tais-toi

respire et tais-toi

respire et tais-toi…

Voilà que je pense que
je dois respirer
maintenant !
Je deviens fou ou quoi ?

Respirer
ça se fait tout seul
on n’y pense pas
qu’est-ce que mon cerveau a
à se mêler de ça ?
Pour ne pas penser à autre chose ?
Occuper le terrain ?

Non non non
ne pas tout mélanger
respirer d’un côté
ne pas penser, de l’autre.
Surtout, pas d’interférence.

Et si, d’un coup,
ne plus penser à respirer
me faisait oublier
de respirer !

J’aurais l’air fin !

Sur l’étiquette, en rouge
à la vue de tous :

« Sujet mort par asphyxie
pour cause de perte de mémoire
ou par inattention »

Bon bon bon
ne plus penser
comme si de rien n’était
ne plus faire attention à rien,
voir, d’accord
mais pas observer.

Observer
c’est penser sa vision
le pas est franchi
le ver est dans le fruit
non non non !

D’accord
j’ai des yeux
on a tous des yeux
et les yeux
ça voit
mais ça s’arrête là ;

les choses sont là
les choses se passent
je les vois
mais elles
ne me regardent pas !

Réfléchir mais
comme un miroir

ne pas se laisser souiller par
les images
pas de traces
pas de souvenirs

pas d’émotions.

Propre.
Rester propre.

Analyser
c’est se salir à
la boue
du monde.

Arrête
arrête de penser
arrête ces mots
ces idées
noie-les
au cœur même
de tes neurones.

Ferme-leur
la route de
tes synapses
ils scintillent
dans ton regard
ton front en est perlé
d’une sueur louche,
même avec la bouche bâillonnée
de tes mains crispées,
ça commence à sourdre
de ton bocal
comme un murmure
abjecte

insidieux.




















Arrête de penser
arrête
tu signes
par ce silence
tellement éloquent
ton arrêt
de mort.

Arrête, petit,
arrête toute activité mentale
sois vide et
dans l’unique préoccupation
du don de
ton énergie
puisque tu es là pour ça
que nous sommes tous là
que pour cela.

Energie
don de ton énergie.
Malgré mes essais de
ne plus penser à rien
ces mots aussi
m’envahissent

je sais que je suis mis
à contribution
que c’est récurrent

que je donne ou
qu’on me prend
quelque chose
de moi

que ça me laisse une
sensation
de vide
d’évanouissement ;

c’est le mot
préoccupation
qui me déclenche ce
sentiment de
devoir donner de
mon intégrité
de l’énergie
mon énergie…

Arrête
ne pense plus
ne cherche plus
qu’as-tu désormais
à ouvrir ton cerveau
aux courants d’air
des interrogations
irrésolubles ?

Vide-toi
bouche les écoutilles

noie-toi juste
dans la vision indécryptée
du monde
aux alignements infinis
des étagères.





« Comme un goût de cendre au réveil » épisode 5. Texte déposé à SACD/SCALA.










3 commentaires:

camille a dit…

moi j'ai quand-même vu une échelle, là dans le coin, là-haut à gauche... à quoi elle sert celle-là? je peux pas croire que c'est de la déco ;-)
tu me fais soudain penser à mon amie Oreillette, qui me disait que le seul son qu'elle entendait, c'était le bruit de ses pensées qui ne se taisaient jamais... tu imagines? aucun son si ce n'est celui-ci...
La dernière fois que je suis allée à la mer, j'ai bouché un moment mes oreilles en pensant à elle... et tu sais ce que j'ai ressenti? l'impression d'être dans un de tes bocaux :-(

Kaïkan a dit…

Et moi, Denis, j' ai vu une lumière sous la porte close ... Mais quand on tient dans un bocal, on sait aussi se glisser sous les portes non ? J' ai vu d' autres regards s' allumer aussi ... Si si, je t' assure ...

Kaïkan a dit…

Je reviens la nuit hantée de bocaux ... Il est fort, Hombre, ce texte, fort et dérangeant ... Sans doute est-ce de là que vient sa force ..., tellement proche de toi me semble-t-il, tellement en dévoilement de toi ...
Ce monde de bocaux existe bel et bien mais je réalise que je concentre mon énergie et ma vie à pousser l' un et l' autre à trouver les mots,à oser dire ... Le regard que je porte sur la semaine passée me le confirme ... Apprendre à oser dire ... Tu le fais en provocation, je le fais en douceur mais le but est le même ...
Une onde chaleureuse vers toi, Denis