samedi 20 janvier 2007

Détresse d'un vrai mot d'homme...

.












C’est qu’il veut vivre
lui
de toute sa force
de mot sublime
de toute son ardeur
de vrai mot d’homme.

Il lui a suffi
que j’ouvre
inconsciemment
la porte
à des sensations enfouies
de mes ères barbares
pour que le voilà
gigotant
vrombissant
se jetant, fougueux,
à la silice
infranchissable
du bocal.

Mais maquillé,
mais travesti,
le pauvre,
mais peinturluré
comme un carnaval
de Comédia,
mais enrubanné
enturbanné
ligoté
encamisolé
et si étroitement serré
qu’à chaque rebond
à la face inerte du verre
le voilà secoué
flageolant
au fond du récipient,
reprenant courage,
se détendant à nouveau
pour se jeter
encore et encore
à l’assaut
de la congélation
universelle.

Mais il s’essouffle
mais il s’épuise
dans cette lutte-là
pris, retenu
englué
dans une gangue
de stuc
de tuffeau
épidermisé
d’un épais latex fluo,
momifié vivant
dans un ruban
tricolore et
officiel.

C’est cela !
C’est donc cela !















Révélation
à l’âpre révolte
de ce petit être qui
me hurle sa vérité
sa réalité
jusqu’à s’évanouir
groggy
à mes genoux :

« il est
il pourrait être
il voudrait être
il devrait être
l’avenir- même
l’avenir déterminé
de l’Humanité
et on le martyrise
et on le ratatine
dans l’habit usé et
rapiécé
d’un Polichinelle de foire
et on le grime
d’un sourire
de carnassier
et on le chausse
de bottes à chenilles
et on lui donne à fredonner
pour entraîner
la marche
robotisée et
lobotomisée
du troupeau
des refrains
éternellement
épongés et
ressucés
aux flaques
bourbeuses
des latrines
du monde ».


Silence
à nouveau
dans mon pot à confiture
de bougie mourante.

Plus que ma petite respiration
de pâte
visqueuse
ramollie
et mes doigts
écrasant
repoussant
le voile de buée.

Ca dure.

Enfin, c’est,
ça a l’air d’être,
de tout jamais
à tout jamais,
en boucle.

Un bocal quantique
digérant
déglutissant
régurgitant
mâchant et remâchant
sans cesse
cette bulle de verre et
le petit “Moi”
le petit Bernard l’ermite
bougifié
qui y végète
avec ses réminiscences
de mots martyrisés,
tel semble
mon espace-temps,
l’osmose de
l’homme que je suis
avec les contingences
incontournables
obligatoires
et librement consenties
du fait sociétal
de la « Bocalisation ».

Et tous les bocaux
sur toutes les étagères
à perte de vue
à perte d’espoir,
des bulles quantiques
des bulles de vie
contenues
restreintes
entravées
jetées vives
aux vagues
de leur océan démonté,
-océan parce que démonté,
démonté parce qu’océan-.

Démonté dans l’immobilité !

Rien ne bouge
ne se déplace.

C’est une tempête
d’apparitions et
de disparitions
d’être ou ne pas être ou
ne plus être ou
les trois à la fois
avec
toujours au cœur
ces sentiments confus
de brûler de vivre
de se consumer d’espoir
mais aussi
mais surtout
de sublimation*
de négation de soi
d’inexistence patente
et lourde pourtant
de désespérance,
une alternance
d’état et de
non-état
entre le vide
le creux
l’absence
la négation
et la masse de plomb
la tare insoulevable
la densité ultime
de la douleur
inconsolable.














Comment exiger d’être,
d’être vu
d’être reconnu
quand ma propre existence
n’est pas démontrable
identifiable
authentifiable
à mes propres yeux ?

Ceci étant valable
pour les millions de bougies molles et
éteintes
dans ces millions de bocaux
inabordables
impénétrables
inquantifiables
intemporalisés.


Démocratie maquillée encore
martyrisée
dans sa définition
et son application puisque
tout peut
exister
mais que rien
ne peut prétendre
à être
reconnu !


* au sens physique du mot



«Comme un goût de cendre au réveil » extrait 3 Texte déposé à SACD/SCALA













5 commentaires:

camille a dit…

tout peut exister... tu crois vraiment?
rien ne peut prétendre à être reconnu?
je m'interroge sur ce que tu veux dire.
Moi j'ai toujours eu la sensation que la reconnaissance existait pour certains et non pour d'autres et que beaucoup de prétendants à la reconnaissance parvenaient à leur fin à la condition d'avoir des connaissances placées là où il faut, des bocaux haut placés dans les bonnes étagère quoi.
Mais ce n'est pas ce que tu veux dire toi...

hombre a dit…

Ce que je veux dire, Camille, c'est qu'en "démocratie", contrairement aux "vraies" dictatures, tu peux faire et dire quasiment tout ce que tu veux, tu ne risques pas grand-chose (bien sûr il y a des exeptions...) mais tout cela tombe dans un vide sidéral, l'attention des gens étant formatée pour reconnaître le "Vrai", l' "Officiel", l' "Estampillé". Nous autres, poètes du caniveau, on peut bien dire la vraie couleur du monde, les braves gens s'en foutent et passent leur chemin sans nous voir puisqu'on ne leur a pas appris que nous existions.
La "démocratie" fonctionne parce qu'elle a su transormer le peuple en un toupeau de boeufs consentants à leur sort. Puisqu'ils ont le droit de voter !
Les poètes du caniveau n'ont pas de place dans cette organisation-là ! C'est pourquoi on leur propose de se faire maçons, plombiers ou "polymainteniciens". Bref, la négation, le refus de reconnaîssance.
Bisous qui t'attendent à ton retour.

camille a dit…

voilà! rentrée! vas-y faire un tour chez moi, tu verras que Paris m'a inspiré autrement que ma douce nature! caniveaux et trottoirs à fréquenter obligent, et surtout couloirs de métro :-(
Ah... oui... je partage ton avis sur la question. Le doux mirage du vote et de la liberté du choix! Même quand ce que tu appelles un poète du caniveau perce dans le beau-monde, c'est par snobisme de ces derniers qui le trouvent fashionable et bankable dans leur propre intérêt...

hombre de nada a dit…

Tiens, Camille, le numéro de Sciences et Vie avec un article sur l'esprit humain resté dans les préhistoires alors que sa technicité ravageuse...
Que tout cela n'empêche pas les partages chaleureux. Un p'tit verre de vin blanc ? TCHIN !!!

camille a dit…

tchin!!!
je n'ai pas vu cet article, mais ça ne m'étonne pas! je m'en suis bien étonnée moi-même depuis près de 40ans! rien qu'à voir l'air épaté des gens lorsqu'ils découvrent les trucs utilisés par leurs ancêtres aux siècles passés: "ah ben ils étaient pas bêtes dis-donc!"... ben, non! il y a toujours eu des plus évolués du cortex que d'autres, mais pas de progression pour chaque catégorie aussi vertigineuse que la technique employée grâce aux premiers par les seconds!